Le Cercle des neiges (La sociedad de la nieve) de Juan Antonio Bayona relate le drame de la cordillère des Andes dans un film poignant. Une réussite qui en fait déjà l’un des plus beaux films de l’année 2024.

Après le crash de leur avion au cœur des Andes, les survivants font front ensemble et deviennent les uns pour les autres le meilleur espoir de rentrer chez eux.

Le 13 octobre 1972, un avion de la Force aérienne uruguayenne s’écrase dans la cordillère des Andes. À son bord, 45 passagers et membres d’équipage. 17 perdent la vie lors du crash ou dans les 24 heures suivant l’impact. Isolés à 3600m d’altitude dans des conditions climatiques difficiles, ils tentent de rester en vie en attendant les secours. Secours qui abandonnent les recherches. Une nouvelle entendue à la radio qui et les confrontent à une nouvelle réalité. Seuls dans le froid, sans rien de plus que ce qu’ils ont déjà trouvé et ne pouvant désormais compter que sur eux-mêmes, comment survivre ?

Juan Antonio Bayona brise l’idée d’en faire un film sensationnel, épique et aventureux. Au contraire ! Le film est intime et au plus proche des acteurs pour nous immerger et nous faire vivre une partie de l’enfer à leurs côtés. Ainsi, le film s’éloigne de toute aventure romancée avec des acteurs inconnus pour la plupart afin de nous dépayser encore plus.

La tension monte crescendo lors du crash. Une scène percutante qui ne laisse pas insensible. Les portes de l’Enfer se sont ouvertes à cet instant. Les rires sont remplacés par des grimaces. Les exclamations pétillantes par des cris d’effroi. La bonne humeur n’est qu’éphémère et se dissipe dans un paysage d’un blanc éclatant et d’un froid mordant.

Le film ne tarde pas a aborder la question de survie – dont le cannibalisme. D’ailleurs, c’est ce qui a donné tant de notoriété à ce drame. Les arguments se suivent et font tous sens. La morale des uns contre le désir de survie des autres. Et puis, on se questionne. Comment en toute âme et conscience peut-on en venir à une telle extrême ? La faim peut-elle pousser à la folie ? Et si c’était moi ? Si je devais mourir, est-ce que je donnerais mon accord pour qu’on se nourrisse de mon cadavre ? Et si je permettais à mes amis de survivre ? À contrario, pour survivre, est-ce que je pourrais manger de la chaire humaine ? Contrairement à des productions qui ont pour unique but de dégoûter le spectateur, le cannibalisme n’est jamais ouvertement montré pour faire sensation.

Et lorsque quelques rires se font entendre, le retour à la réalité n’est que plus violent. Après le crash. Le froid glacial. L’arrêt des recherches. Le manque de nourriture. La tempête. Que reste-t-il ? L’avalanche, évidemment. Le Cercle des neiges confronte sans cesse espoir et désespoir.

La narration est puissante, menée par un personnage pour lequel l’affection se développe rapidement. Un personnage qu’on pense suivre jusqu’au bout et pour qui notre affection ne cesse de grandir au fil du temps passé à ses côtés. Parce que le film ne nous laisse pas hors de l’histoire. À la place, nous sommes à hauteur de chacun d’eux, tandis qu’on aperçoit les dégâts causés par le froid, la déshydratation et la malnutrition au fur et à mesure. Proche et intime, mais respectueux.

Le film a été tourné sur la station de ski de Sierra Nevada dans le sud de l’Espagne. Cependant, peu importe qu’on connaisse ou non la station, le film nous dépayse complètement. Les plans sont majestueux et saisissants. L’Homme est ridiculement petite face à la nature. Mais l’Homme est aussi capable de puiser une force et un courage qu’il ignore lui-même. La production est remarquable mêlant habilement humanité, émotion et technique.

En bref, un film réaliste, fascinant et terrifiant, mais aussi un grand et puissant hommage pour ces personnes qui ont dû braver bien plus que quelques journées froides dans le cœur des Andes. Au miracle sa tragédie, à sa tragédie son miracle.

Le Cercle des neiges est disponible sur Netflix.